La bière du dimanche : Brasseurs du Temps – Dumduminatrice

Peut-être un peu oubliée au courant des dernières mois,  les amateurs ne parlent pas beaucoup des Brasseurs du Temps. En offrant des bières tout à fait honnêtes, dont leur excellente DumDuminator, la brasserie hulloise a réussi à devenir un incontournable brassicole de la région de Gatineau-Ottawa. En dehors de la région de la capitale, par contre, on tient un peu cette brasserie pour acquise.

Cette semaine, on déguste une version bonifiée de la DumDumdinator, la DumDuminatrice. À la base brassée l’été dernier par la brasserie, on a enfin vu cette bière distribuée à Montréal et ailleurs au Québec avant les fêtes. On a ajouté à la doppelweizenbock une bonne dose de cerise, pour complexifier encore plus cette bière. Alors que les bocks allemandes sont d’ordinaire déjà plutôt fruitées, on va voir comment cette nouvelle DumDuminatrice se traduit avec des cerises en plus.

La dégustation

La bouteille de 750mL se débouche, pour verser un liquide brun, rappelant sa version originale, avec toutefois une petite touche ambrée ou rougeâtre, annonçant sans doute les cerises.  Au nez, ça diffère grandement de la DumDuminator, avec la cerise qui est bien présente. C’est une surprise pour moi, puisque souvent les bières avec des cerises ont un arôme très subtil. On trouve également un arôme de bonbons dans cette DumDuminatrice, ce qui annonce une bière bien sucrée, plutôt différente de l’originale.

En bouche, les saveurs de cerise de la DumDuminatrice sont tout aussi présentes qu’au nez. Je suis honnêtement un peu surpris, ne m’attendant pas à autant de cerises dans cette bière. On dirait une bière à mi-chemin entre une kriek, sans le côté surette, et une bock standard. Cette DumDuminatrice est surprenante parce qu’à mon humble avis, les levures allemandes se marient pas très bien au goût bien assumé de la cerise. Le mélange se fait, à mon avis, plutôt difficilement en bouche, et c’est pour moi une bière à retravailler dans les saveurs. J’apprécie toutefois l’effort, c’est en aucun cas une mauvaise bière, peut-être pas, ceci dit, ce à quoi je m’attendais.

3.5 / 5

Pour voir ma notation de la DumDuminatrice

Crédit photo : Trip Advisor

La bière du dimanche : Brasserie Vrooden – Doppelbock

C’est la deuxième fois que je parle dans une de mes chroniques de la brasserie Vrooden. Toute nouvelle brasserie située à Granby, elle a réussi à prendre sa place dans le milieu brassicole, tout en n’ayant pas encore un an d’existence. C’est d’autant plus impressionnant qu’elle brasse uniquement des bières de tradition allemande, un style qui n’est peut-être pas le plus connu et apprécié des amateurs de bières québécoises à l’heure actuelle. Lorsque j’avais écris sur eux en Août, j’avais adoré leur Weizen.

Aujourd’hui on déguste la Doppelbock. Doppel se traduisant par double, une doppelbock est une bock traditionnellement plus forte en alcool et plutôt maltée, avec une touche de levure allemande venant agrémenter un corps riche, rond, aux saveurs plutôt caramélisées. La version Vrooden veut, fidèle à son image, présenter sa Dopplebock comme étant brassée dans la plus pure tradition allemande. Voyons voir comment ça se traduit.

La dégustation

Dès les premières gouttes de cette bouteille de 500 mL versées, on aperçoit un liquide plutôt noir, aux reflets bruns, avec une petite ligne de carbonatation. Au nez, le profil est intéressant, avec d’abord des impressions sucrées, avec des petits fruits et du sucre d’orge. On sent le profil bien malté et caramélisé de la bière, avec une présence alcoolisé également, qui cache mal les 8% d’alcool que cette bière contient.

En bouche, ce qui me marque dès les premières gorgées, c’est l’aspect soyeux de cette Doppelbock. Au niveau du corps, ça me fait presque penser à un stout. Crémeuse à souhait, avec également une touche torréfiée, on retrouve les saveurs sucrées présentes au nez, avec une touche caramélisée, ainsi qu’une bonne dose d’alcool. La présence de l’alcool est pour moi un point à améliorer de cette Doppelbock, qui aurait avantage à être retravaillée.  La bière reste toutefois fort buvable et appréciable.

3,7 / 5

Pour voir ma notation de la Dopplebock

Crédit photo : Ça Brasse

Cinq tendances bières à suivre en 2017

Après avoir passé les derniers articles à regarder ce qui s’est passé cette année, vient le temps de penser au futur. Les tendances bières de nos jours évoluent aussi vite que le marché lui-même, dans un marché en constante ébullition. Il est intéressant de voir ce qui se fait ailleurs, pour aller analyser quelles sont les tendances bières qui feront de 2017 une année intéressante au niveau de la bière au Québec.

Plus de fruits!

Les bières surettes et les IPAs ont toujours la cote dans les brasseries et broue-pubs de la province, et, quel hasard, les deux styles proposent des saveurs hautement fruitées. Les brasseurs utilisent beaucoup de vrais fruits lors du brassage, et cette tendance devrait s’accentuer en 2017. De plus, on sent un engouement chez les brasseries nord-américaines (telles que Jester King, où même Auval) vers un véritable retour à la terre, en exploitant le concept de ferme brassicole,  en utilisant le produit de leur propre agriculture pour obtenir des ingrédients locaux pour brasser des bières. Ça promet.

Régionalisation du marché

Les brasseries, devant une compétition grandissante dans les quatre coins du Québec, se rabattent sur les marchés locaux. De plus en plus de brasseries font désormais passer en priorité les marchands locaux, avant de penser à distribuer à grande échelle. On a vu par exemple la brasserie rimouskoise Le Bien, le Malt créer une gamme (La gamme « La Rimouskoise ») uniquement dédiée aux restaurants et commerces locaux. En 2017, une nouvelle brasserie basée à Limoilou va uniquement faire des petits brassins dédiée aux commerces du quartier. On risque de voir ce genre de partenariats s’accentuer aux quatre coins de la province.

Spécialisation des brasseries

Au fil de mes voyages brassicoles, je vois des brasseries, telles que Oxbow Brewing au Maine, ou Half Hours on Earth en Ontario, commencer à se spécialiser dans des styles de bières bien précises. Alors que la philosophie au Québec des premières brasseries était de brasser dans un large éventail de styles, on pourrait commencer à voir à l’horizon des projets de brasseries qui se spécialisent dans un style unique de bières. On peut déjà penser à Vrooden, à Granby, se spécialisant uniquement dans les bières de tradition allemandes, quoique les bières allemandes soient loin d’être monolithiques dans leurs styles…

Des rachats…

Pas besoin de passer beaucoup de temps là-dessus, on a vu au Québec des brasseries se faire racheter en 2016 et cette tendance devrait s’observer encore en 2017, alors que les grandes compagnies de bières cherchent à s’approprier une partie des revenus grandissant du marché des bières artisanales. Ça va continuer en 2017.

Des fermetures

Sun sets on this ghost town, my town. Okay, ghost town maybe a bit of an exaggeration, seems there’s a parade here every other month at least, and some pretty good concerts at the theatre there. But, like many Nova Scotia towns, things can get pretty quiet at dusk. Soon, our friends @shbprincipal will be opening a Brewery and taproom down here, I suspect that’ll boost the scene here! Microbrasserie Goudale La Gose Town 4.4%. Very nice Gose, lemony tart, prickly carbonation, some saltiness that dries out lickety split before it gets by the tip of your tongue, super refreshing, as I expect the new taproom to be. #beer #instabeer #beergram #beertography #beerart #labelart #beerlabel #ghosttown #sunset #windsor #novascotia #gose #craftnotcrap #craftbeernotcrapbeer #craftbeer #drinkcraft #drinkcraftbeer #sourale #microbrasserie #goudale #local #supportlocal #bier #biere #birra #cerveza #smalltown

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Malheureusement, devant l’engouement de la création de brasseries autour de la province, d’autres brasseries sont nécessairement passées à l’arrière-plan. On a appris dernièrement que La Goudale, à Boisbriand, était en vente, et d’autres microbrasseries plus « vieilles » pourraient suivre le pas, si elles ne s’adaptent pas à un marché changeant.

À bon entendeur…

La bière du dimanche : Brasseurs Illimités – Scotch Ale Impériale

La brasserie Brasseurs Illimités sont bien connus de la scène brassicole québécoise, mais ne fait peut-être pas partie des brasseries les plus parlées au Québec, pour différentes raisons. Avec une grosse gamme de produits, en plus de produire des bières exclusives pour différents commerces et événements, la brasserie de la Rive-Nord fait certainement partie des gros joueurs de l’industrie, avec une gamme qui varie beaucoup en termes de styles et de qualité.

Aujourd’hui, on passe en revue la Scotch Ale Impériale, produite en exclusivité pour le Marché du Village, à l’Ange-Gardien, un des endroits les plus intéressants au Québec pour acheter des bières de microbrasseries. Brasseurs Illimités et le Marché du village ont débuté une collaboration pour sortir une nouvelle bière exclusive au Marché à chaque année, et après la Scotch Ale Impériale, nous avons vu apparaître sur leurs tablettes la Barley Wine ainsi que la Quadrupel.

La dégustation

La bouteille de 750 mL verse un liquide à première vue assez épais et syrupeux, avec une intense carbonatation et également une bonne effervescence, ce qui m’étonne pour une bière ayant séjournée en barriques de chêne. Au niveau des arômes, c’est plutôt fidèle au style avec du sucre d’orge ainsi que de la mélasse qui émane de la Scotch Ale Impériale, mais avec également une certaine amertume terreuse intéressante, qui vient donner un peu d’originalité au liquide.

En bouche, on remarque d’abord et avant un corps très rond et intense, qui me fait quasiment plus penser à un stout qu’à une scotch ale. La Scotch Ale Impériale se démarque également part un goût boisé développé, ce qui me séduit. Trop souvent, les bières vieillies en barrique ne développent que très peu le goût de la barrique, mais celle-ci affirme un caractère barriqué bien développé. Les saveurs traditionnelles de la scotch ale viennent ensuite, mais toutefois, on remarque également beaucoup d’effervescence, ce qui vient également me surprendre.

As you can see from the picture, it’s a pretty sexy looking bottle. So let’s drink it already (and by let’s, I mean me, alone, in the snow). It pours out a extremely dark and sexy chestnut brown, with a perfect little beige head that reduces down to a frothy layer; resting there throughout the whole drinking experience. On the aroma, I certainly get that “Scotch Ale” caramel malty thing happening, but there is this fantastic rich bourbon vanilla aroma that leads the way. There are also lots of dried fruit – like dates and raisins – alongside some very subtle and rich vinous notes. It’s a bit oaky, and slightly earthy, with lots of toasted nuts, and caramel sugars helping it along. This is quite inviting, and the 11.9% isn’t very apparent at all – impressive. After my first sip, I like this – a lot actually. My fear was that this one was going to be a sugar bomb and, although there is certainly some slight syrupy sweetness, there is an amazingly powerful bitterness that cuts it down beautifully (with the help of a slightly astringent ethanol finish). It’s very fruity as well, more so than the nose let on. Lots of plums and berries mix well with a toasted caramel malt base. There is also just a slight bit of vinous tartness that helps cut the sugars, which I presume comes from the brandy. The bourbon is very much there as well, although not quite as potent as it was on the nose. The finish lingers with hits of vanilla, oak, bourbon and Brandy, alongside a strapping bitterness and some slight tartness. The mouthful is very full bodied, with a nice creamy texture, and minimal carbonation. Read more at Beerism.ca… #craftbeer #beer #marcheduvillage #scotchaleimpériale #beerism #scotchale #barrelaged #barrelagedbeer #bourbonbarrelaged #brandybarrelaged #quebecbeer #montreal

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Au final, cette scotch ale est fort bien réalisée, en ayant un caractère bien à elle, tout en respectant très bien le style d’origine. Avec une belle complexité et une profondeur, on peut comprendre pourquoi elle est fort appréciée chez les amateurs de bières.

3,9 / 5

Pour voir ma notation de la Scotch Ale Impériale

Crédit photo : Brasseurs Illimités

Brasserie de l’année 2016 : Auval

C’est difficile pour moi d’écrire sur Auval. Tout a déjà été dit, ou presque, sur cette brasserie, depuis un an. En bref, ancien brasseur principal chez Pit Caribou, Benoit Couillard, quitte la brasserie gaspésienne pour se partir son petit projet à lui-seul, pour faire les bières qu’il a envie de faire sans avoir à se casser la tête avec les défis d’une microbrasserie produisant à grande échelle. Il veut distribuer les bouteilles de sa toute petite brasserie (parmi les plus petites au Québec en termes de production) principalement dans le Bas-du-Fleuve, et s’il en reste, dans le reste du Québec.

Tournée #gaspesie #bière

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Le problème (si problème il y a), c’est que les bières créées par Auval sont de véritables chef-d’œuvres. Dès les premiers brassins que l’on retrouve dans la métropole, les amateurs tombent en amour avec les produits de la brasserie située à Val d’Espoir. On se les arrache littéralement, si bien que les détaillants d’à travers la province recevant des bouteilles doivent utiliser certaines stratégies (réduction des limites de bouteilles, annonce du temps où elles seront disponibles à la vente à l’avance) pour accommoder le plus possible les consommateurs.

Devant les attentes grandissantes pour Auval, cette dernière a su rendre la marchandise avec brio. Ce qui me fascine avec ces bières, c’est à quel point elles peuvent, d’une bière à l’autre, être éclectiques ou en respect d’un style, tout en étant fort agréables à boire. On peut diviser les offrandes d’Auval en trois grandes familles de styles :

Les houblonnées : Arcane 17, Nordet, Super A

Les styles classiques : Saison Espinay, Arrière-Pays Grisette, C-12 Pivo, Guerilla SSS

Les « funkys » : Framboese, Aronia, Saison Cerise, Braggot, Gougou, Ribes Nigrum

Chacun des styles est brassé avec une belle profondeur, et les bières deviennent à peu près toutes des classiques de leurs propres styles.

Prêt pour les fêtes. #Auval

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Si le passé est garant du futur pour Auval, l’avenir est très prometteur pour la brasserie gaspésienne. En espérant que les produits puissent se rendre plus facilement dans les mains des amateurs dans un futur proche.

Crédit photo : Bières et Plaisir

La bière de l’année 2016 : Trou du Diable – X

Plusieurs centaines de nouveautés ont touché les tablettes des détaillants en 2016, et établir un classement de ce que j’ai préféré cette année a été non pas une tâche difficile, mais presque impossible. Voici donc, en toute humilité, mes bières préférées ayant été brassée pour la première fois en 2016.

La X

Pour commémorer son dixième anniversaire, la célèbre brasserie Shawiniganaise le Trou du Diable a lancé de manière flamboyante la X, un assemblage de trois brassins déjà spéciaux : la Buteuse Brassin Spécial, la Dulcis Succubus et le Hérisson. Le résultat est tout simplement magnifique. On retrouve dans cette bière toute la complexité que l’on pourrait s’attendre de trois différentes bières assemblées en une, avec des impressions de pommes provenant de la Buteuse, l’aspect vin blanc de la Dulcis Succubus, et l’acidité du Hérisson.

L’assemblage de la X est digne des meilleures bières que j’ai pu goûter de ma vie, littéralement. Étant déjà un grand fan de la Buteuse et de la Dulcis, le mélange des trois me prouve que la somme de trois bières peut être, à l’occasion, encore meilleur que lorsqu’elles sont prises individuellement. Seule tristesse, cette bière fût brassée de manière très limitée, et je doute qu’elle soit re-brassée à nouveau dans le futur.

4,5 / 5

Pour voir ma notation de la X

Mentions honorable

Auval – Nordet IPA

Un des premiers exemples de NEIPA réellement d’exception au Québec, cette IPA de la minuscule brasserie de Val D’Espoir en Gaspésie m’a réellement enchanté. Ultra tropicale, les agrumes fusent au nez et surtout en bouche, où cette bière devient littéralement un jus d’orange et d’autres fruits exotiques. Désormais classée 4e meilleure IPA sur RateBeer, la seul ombre à l’horizon de cette bière est que la Nordet est appelée à évoluer avec le temps étant donné l’approvisionnement difficile pour les brasseurs en houblons rares.

4,4 / 5

Pour voir ma notation de la Nordet

Les Trois Mousquetaires – IPA

Le premier brassin de cette nouvelle IPA des Trois Mousquetaires fut réellement ravissant et m’a surpris par sa qualité. Beaucoup plus équilibrée que la Nordet, on retrouve un côté plus amer et résineux que la Nordet, qui est qunat à elle plus fruitée et exotique. Cet équilibre assure à la IPA un spectre de saveurs plus grand, jonglant amertume et agrumes, rendant l’IPA tout aussi agréable que celle d’Auval. Il est toutefois à noter que mon opinion de la IPA a évolué au courant des brassins de cette dernière, avec certaines « batchs » un peu moins réussies que la première, à mon humble avis.

4,3 / 5

Pour voir ma notation de l’IPA

Auval – Guerilla SSS Triple Stout

Une deuxième apparition pour Auval dans ces mentions, avec la Guerilla SSS, un stout vieilli en fûts de spiritueux, avec du grué de cacao.  Cette bière fut définitivement toute une expérience, passant par toute la palette des sensations au goût. On retrouve à peu près tout ce qu’on pourrait retrouver d’un stout : alcoolisée, amère, chocolatée, torréfiée, cette bière est définitivement d’un grand calibre. Encore une fois, on ne peut qu’être déçu que la Brasserie Auval soit un tout petit projet, et qu’on ne puisse pas profiter d’une plus grande distribution de ces produits de classe mondiale.

4,2 / 5

Pour voir ma notation de la Guerilla SSS

Crédit photo : Trou du Diable

Auberge Sutton Broüerie – Recrue de l’année 2016

La première fois que l’on arrive devant la charmante brasserie et auberge de de l’Auberge Sutton Broüerie, on se demande si on fait face à un gros hôtel, une brasserie industrielle, ou à un restaurant 3 étages. La réalité, évidemment, est un peu dans le milieu, alors que le sympathique endroit situé dans l’ultra-touristique ville de Sutton propose les trois services à ses consommateurs. À une quinzaine de minutes en voiture de la Brasserie Dunham, l’instigateur du projet est justement un ancien employé de cette brasserie.

Une autre des particularités de l’Auberge Sutton Broüerie, c’est qu’elle brasse des bières en utilisant des levures à 100% brettanomyces. Ceux qui me lisent assidument savent que je peux être assez critique des bretts, questionnant souvent l’ajout peut-être abusif de levures sauvages, venant cacher le goût principal de la bière pour devenir, au final, une bière simplement brettée. Chez Sutton, la brett, certes, dans les bières que j’ai pu déguster, est présente, sans pour autant sacrifier la buvabilité du liquide, ou l’intégrité du style.

La brasserie, qui a récemment fêté sa première année d’existence a débuté l’hiver dernier à embouteiller ses produits et à les distribuer à travers la province. Voici quelques-uns de mes coups de cœurs de cette année.

Pale Ale Bobonom

Déjà l’objet de l’une de mes bières du dimanche, la Pale Ale Bobonom dès sa première itération fût l’une de mes bières préférées de l’année. Il y a trop peu de bonnes American Pale Ale au Québec, et malheureusement, c’est un style qui passe un peu inaperçu face aux IPAs et Double IPAs de ce monde. L’Auberge Sutton Broüerie ne se trompe pas en brassant une excellente pale ale fort équilibrée, rassemblant les saveurs d’agrumes et d’amertume à merveille.

Pour voir ma notation de la Pale Ale Bobonom

Session Abénakis

Une autre bière de la grande famille des Pale Ales, cette session fortement buvable étonne par son corps rond, trop rare pour des sessions à l’habitude au Québec, et sait nous ravir par ses saveurs d’agrumes bien fraîches. Définitivement une des meilleures sessions à être embouteillé au Québec, parfaite pour en boire quelques-unes d’affilée durant votre party de famille du temps des fêtes.

Pour voir ma notation de la session Abénakis

Assemblage du Vieux Chemin

Un trouve un autre visage de l’Auberge Sutton Broüerie avec cet assemblage de Saison Bee-Bop, de Pale Ale Bobonom vieillies en barriques de chêne, avant d’être re-mélangé par la suite avec de la Session Abénakis jeune, donnant un assemblage au final assez éclectique. Des bretts, un aspect boisé, une amertume, c’est réellement un bel assemblage apportant une complexité à des bières qui l’étaient déjà à la base.

Pour voir ma notation de l’Assemblage du Vieux Chemin

Pour l’ensemble de son œuvre, l’Auberge Sutton Broüerie est notre recrue de l’année 2016!

Pour en lire plus  sur l’Auberge Sutton Broüerie :

La bière du dimanche – Brune Alpine

Crédit photo : Quebec Original

L’année 2016 en revue

Une année assez faste en rebondissements se termine bientôt, et c’est le temps de faire le bilan. Plusieurs sujets ont été grandement discutés durant la dernière année et sont devenus, pour moi, les points à retenir de 2016. Globalement, difficile de ne pas trouver du positif dans cette année, alors que la scène brassicole québécoise continue de grandir. La qualité des bières brassés au Québec ne cesse d’impressionner, ici comme ailleurs, et la grande profondeur et originalité des brasseurs québécois nous offrent des grands classiques dans à peu près tous les styles imaginables. Et on aime beaucoup ça.

Microbrasserie 🍺 #archibald #ale #bieresduquebec #cheers

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Les rachats

Indiscutablement, la nouvelle ayant le plus fait réagir en 2016 concerne les rachats de microbrasseries par les géants de la bière. Une pratique déjà bien entamée aux États-Unis, Archibald fût la première brasserie québécoise rachetée par un géant, pendant que les Brasseurs de Montréal vendaient une participation dans la brasserie à Molson. M’ayant déjà exprimé sur le sujet, je crois que ce n’est que le début des rachats de brasseries indépendantes. Pour le meilleur et pour le pire. À noter également la décision de nos voisins de chez Beau’s d’ouvrir l’actionnariat de la compagnie à leurs propres employés.

Nouvelles brasseries

De nouveaux projets de brasseries ne cessent de naître un peu partout au Québec, au point où il faut se demander quand est-ce que chaque municipalité au Québec aura sa propre microbrasserie! Aux quatre coins du Québec, nous avons été témoins de nouvelles microbrasseries faisant leurs apparitions sur la scène, et les choses ne semblent pas dérougir pour l’année 2017, pour notre plus grand plaisir.

Les canettes

De plus en plus de brasseries semblent distribuer leurs produits en canettes plutôt qu’en bouteille, si bien que l’on retrouve de plus en plus de canettes sur les tablettes des dépanneurs. Le mouvement semble s’accélérer de plus en plus, si bien qu’on pourrait définitivement penser que dans un avenir à moyen terme, une majorité de bières de microbrasseries se vendent en canettes plutôt qu’en bouteille de verre. Le format pratique et facilement récupérable des canettes doit probablement jouer pour beaucoup dans cette transformation.

La guerre de l’espace sur les tablettes

Qui dit plus de brasseries, dit plus de bières. Pourtant, même si la consommation de bières artisanales augmente modérément, on voit de plus en plus de nouveaux produits sur les tablettes. Déjà, selon les dires de différents gérants en approvisionnement de différentes boutiques de bières spécialisés, l’espace manque pour pouvoir stocker toutes les bières de microbrasseries. La guerre s’annonce pour être de plus en plus féroce pour avoir de place dans les magasins avec le plus d’achalandage, et annonce peut-être une régionalisation du marché pour certains autres.

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Plus de formation?

De plus en plus de formation en brassage commence à être offerte dans le marché. MABRASSERIE offre sa propre formation en partenariat avec l’ÉTS, le Cégep de Jonquière offre un programme au niveau collégial, et l’Université de Sherbrooke se prépare à créer sa propre brasserie-école pour former de nouveaux étudiants aux joies (et peines) des brasseurs. On ne peut que se réjouir devant cette professionnalisation du métier de brasseur, pour avoir des standards de qualité de produits encore plus élevé dans le futur.

Crédit photo : Radio-Canada

La bière du dimanche : Vox Populi et Oshlag – Collabo #1

Un des aspects les plus agréables du monde brassicole est sans doute la solidarité entre les différentes brasseries qu’il y a au Québec. On sent réellement la franche camaraderie qu’il y a entre les brasseurs, et cette camaraderie se matérialise également par tout le monde des collaborations. Les collaborations, dans le marché de la bière, sont monnaie courante, mais malheureusement, la qualité de ces bières est parfois variable. Certaines profiteront de la meilleure expertise possible de deux brasseries, d’autres seront peut-être un peu plus brouillonnes… C’est une surprise à chaque fois!

Cette semaine, vous l’aurez deviné, on analyse une collaboration, fruit du partenariat entre Oshlag et Vox Populi. Toutes deux de jeunes brasseries (bien qu’Oshlag soit un nouveau projet émanant de l’équipe de Glutenberg, mais s’amusant cette fois-ci avec gluten) situées dans les mêmes locaux, loués chez Glutenberg, dans l’Est de Montréal. Les deux équipes ont combinées leurs forces pour sortir la Collabo #1, une bière acidulée brassée à partie de maïs bleu, d’orge et de blé.

La dégustation

Collabo #1 #oshlag #voxpopuli #craftbeer #quebec #microbrasserie #biere #beer #beertasting #instabeer #beertime note: 7,5/10 🍻

A photo posted by Keven Perrée (Craft Beer) (@lilperkbeers) on

La bouteille de la Collabo #1, qui arbore l’étiquette fort bien détaillée à la manière Oshlag, s’ouvre sur un liquide d’un rouge surprenant qui tourne presque au mauve, assez opaque rappelant un peu la couleur du vin, avec un beau collet de mousse bien carbonaté, cachant complètement l’effervescence. Au nez, une belle présence fruitée est sentie avec notamment du melon d’eau, rappelant la Melon Weiss de la Brasserie Dunham, ainsi qu’une présence houblonnée assez florale.

En bouche, les impressions de vin rouge restent, au goût et en également au niveau de la texture, avec un liquide qui est fort épais pour une bière. La Collabo #1 est un tout petit peu surette, apportant une surprenante buvabilité à cette collaboration, avec en plus une toute petite amertume en fin de bouche qui ravit les papilles, avec une présence fruitée rappelant les framboises qui s’impose au fur et à mesure que les gorgées passent.

La bière est honnêtement, fort, fort bien réalisée. Cette Collabo #1 est un grand succès et mérite définitivement que l’on parle plus d’elle. En espérant qu’elle soit de retour sur les tablettes prochainement.

4,1 / 5

Pour voir ma notation de la Collabo #1

Crédit photo : Oshlag

La NEIPA, mode ou futur standard de l’IPA?

Les IPAs du Nord-Est américain, ou NEIPA, ont franchement la cote ces jours-ci. La Nouvelle-Angleterre a réellement pris d’assaut le cœur des amateurs d’houblons mondiaux. On le remarque d’ailleurs dans le top 50 des meilleures IPAs de RateBeer, alors que le top 5 est littéralement occupé par 5 IPAs de la Nouvelle-Angleterre. Certains parlent déjà de révolution de la IPA, alors que d’autres sont un peu moins enchantés par cette tendance. Le présent article cherche à démontrer quels sont les caractéristiques de ce style d’IPA nouveau-genre.

Origines

Étant un style relativement nouveau dans la scène brassicole nord-américaine, la NEIPA n’a pas réellement d’origine définie. Plusieurs brasseries, pas uniquement groupée sur la côte-est des États-Unis, ont commencée à brasser des IPAs non-filtrées, avec une apparence plus trouble, brumeuse, opaque, différant du style plus traditionnel des IPAs, d’un blond plus clair et translucide. La NEIPA se distingue également par son profil de saveurs plus fruité que la moyenne, et moins amère que l’IPA traditionnelle. Bien qu’aucune micro ne s’attribue l’origine, des brasseries fort reconnues dans le nord-est des États-Unis, telles que Trillium et Tree House, toutes deux basées dans le Massachussetts, ont popularisés le style de la NEIPA.

Damn this beer.. how does @treehousebrewco do it?

A photo posted by The Craft Cult (@craft_cult) on

Différences au brassage

Bien que les brasseries soient traditionnellement assez discrètes à parler de leurs procédés de brassage, on réussi assez bien à démystifier ce qui diffère chez les NEIPA. En premier lieu, l’ajout de diverses céréales à l’étape de l’empâtage, telles que de l’avoine ou même de la farine, donnant à la bière son apparence trouble. Ensuite, le choix de la levure sera important, les brasseurs cherchant donner à leurs bières une apparence en suspension au sein du liquide. En allant chercher également des levures plus sucrées, les brasseurs réussiront à donner un aspect encore plus fruité aux houblons utilisés lors du brassage.

Et le Québec dans tout ça?

Peu d’exemples frappant de la NEIPA se retrouve sur nos tablettes de manière fréquente, mais déjà quelques bouteilles ont réussi à se frayer un chemin avec grand succès. L’exemple le plus probant demeure la Nordet IPA de la toujours excellente brasserie Auval, qui est parmi les meilleures IPAs au monde selon Ratebeer. La Cyclope Thêta brassée par Dunham à l’occasion du dernier « bottle release » de la brasserie est également un très bon exemple du style, brassée avec grande réussite.

Crédit Photo : Westworld