Mondial de la bière : où sont les microbrasseries?

C’est désormais juin, et qui dit début juin dit Mondial de la bière dans la métropole. À la fin mai, comme à son habitude, l’organisation a lancé sa programmation ainsi que sa liste de participants. Cette programmation a soulevé l’étonnement et la déception chez les purs et durs au Québec, ou à tout le moins, chez une partie de ceux-ci.  J’ai moi-même émis certaines réserves par le passé sur ce qui, à mon sens, manquait au Mondial pour être réellement d’intérêt. Les amateurs partagent en partie ma critique, en relevant notamment l’absence marquée de plusieurs des brasseries les plus reconnues au Québec, le système de vente par billets vétuste, ainsi que l’offre de bières internationales peu développée.

J’ai sondé quelques-unes des brasseries absentes du Mondial de la bièere, question de tâter leur pouls sur la situation et de mieux comprendre les raisons qui expliquent leur absence. J’ai recueilli, à cet effet, les propos de la Brasserie Dunham, Pit Caribou, MABRASSERIE, Sutton Broüerie, Le Castor ainsi que celles d’autres brasseries importantes au Québec qui ont souhaité garder l’anonymat. J’ai aussi contacté l’organisation de Mondial de la bière qui nous a partagé sa vision de la situation.

Des coûts trop importants et un retour mitigé

S’il y a une chose sur laquelle l’ensemble des brasseries québécoises sondées s’entendent, c’est que l’évènement est devenu difficile à justifier sur le plan monétaire. « Ça coute une fortune » indique même la Brasserie Dunham, qui a participé au Mondial de la bière par le passé, en parlant des frais d’exposants.  Pit Caribou, de son côté, est catégorique, et ne désire plus participer à un évènement qui, selon une autre source, prendrait jusqu’à 50% des recettes de ventes en bières des brasseries.

Une structure à l’efficacité questionnable?

En plus de prendre une part des ventes des brasseries en contrôlant le système de paiement par billets, l’organisation du Mondial de la bière est dénoncée pour son manque d’efficacité. À cet effet, une brasserie interrogée, ayant participé aux festivités par le passé, a dû attendre six mois avant de recevoir les recettes du festival. Pour des petites brasseries bien loin de rouler sur l’or et qui ont des comptes à payer, six mois peuvent être une éternité.

Un manque de ressource

D’autres, comme Le Castor, identifient le manque de ressources à l’interne pour expliquer leur absence. En effet, le Mondial de la Bière accueille un grand nombre de clients, et il est difficile pour une brasserie à effectif réduit de fournir un effort aussi intense en travail. Ce constat est partagé par d’autres brasseries comme Pit Caribou et MABRASSERIE, qui, pour cette raison, préfèrent participer à des évènements locaux de taille plus modeste, et de durée plus courte.

Le Mondial de la bière répond

Devant ces constats, j’ai interrogé l’organisation du Mondial de la bière, par l’entremise de sa responsable aux communications, Katia Bouchard, afin de recueillir leurs réactions face aux critiques qui leurs sont adressées. Tout d’abord, l’organisation tient à préciser que toutes les brasseries québécoises sont invitées au festival, mentionnant du même souffle que le nombre de brasseries de la province participant au festival est stable à un peu moins de quarante depuis 2014.

L’équipe du Mondial ne semble pas inquiète du fait que la proportion de brasseries québécoises présentes à l’évènement soit à la baisse à chaque année. En effet, bien que le nombre de brasseries de la province ait doublé depuis 2014, le nombre de brasseries québécoises présentes à l’évènement est demeuré stable depuis quatre ans. L’équipe organisatrice m’indique à cet effet que  « [C]ertaines brasseries ne reviennent jamais, tandis que d’autres reviennent aux deux ans… C’est pour cette raison que chaque année, toutes les brasseries du Québec sont invitées au festival ».

Concernant les coûts exorbitants dénoncés par les brasseries, l’organisation du Mondial de la bière indique qu’ils ont « toujours été   «conciliants»  et ce, particulièrement avec les petits joueurs. […] C’est pour cette raison que nous avons plusieurs tarifications adaptées pour elle ».

 L’organisation propose par exemple :

– un tarif pour les 700 hectolitres et moins;

– un tarif pour une première participation;

– un tarif bistrobrasserie;

– un tarif pour celles qui proviennent des régions;

– un tarif pour être présent dans le Bistro des Régions.

De plus, concernant les délais imposants de paiement fait aux brasseries par le passé, le Mondial de la bière indique que « des mesures ont été prises et nous faisons au mieux. Il ne faut pas oublier que nous sommes une petite équipe qui fait tout et s’il y a eu des retards par le passé, ce n’est certainement pas volontaire ».

Pour conclure, le festival désire rappeler que « c’est dispendieux d’organiser un festival de bières à Montréal et les commandites sont extrêmement difficiles à trouver parce que les entreprises sont très sollicitées. Mais c’est le prix à payer pour pouvoir faire des affaires dans la métropole… Nous ne prétendons pas que le Mondial de la bière est le bon outil de promotion pour toutes les brasseries et nous sommes tout à fait conscients que la formule que propose le festival ne peut pas plaire à tout le monde. Chacun est libre de choisir et de voir la situation à sa manière, selon sa stratégie d’affaires ou ses intérêts».

Au final, entre le modèle d’affaires à plus grand déploiement privilégié par le Mondial de la bière et les évènements plus locaux et à visée moins commerciale, ce sera aux amateurs de bières de choisir ce qui convient le mieux à leurs attentes et leurs goûts.

Crédit photo : Olivier Bourget

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