Quelle saturation du marché?

On l’entend de plus en plus. Le nombre de microbrasseries au Québec augmente. Le nombre de nouveaux produits en vente sur le marché fait peur aux détaillants spécialisés qui ne savent plus où donner de la tête pour trouver de l’espace sur les tablettes. La logique est la suivante : le nombre de produits augmente à un niveau qui dépasse le nombre de consommateurs pour les acheter. Et naturellement, si un produit reste longtemps sur les tablettes, le détaillant ne risque pas de racheter de ce produit, mettant potentiellement une brasserie dans le trouble.

Elle est là, la question. Est-ce que le nombre de microbrasseries, qui augmente à plus d’une par deux semaines par les temps qui courent, est insoutenable pour le nombre de consommateurs? Certains en semblent convaincus. Les détaillants spécialisés sont en première ligne des dommages, alors que ceux-ci doivent vendre les multiples nouvelles bouteilles qui arrivent en succursale à chaque semaine, tout en s’assurant d’avoir les classiques des brasseries déjà connues du public. Cet exercice s’avère pour plusieurs très difficile, et frustrant pour les consommateurs.

Le fait demeure, la part de marché des microbrasseries québécoises demeure somme toute faible, à un poil moins de 10% de l’ensemble de la bière achetée au Québec. Ce 10% est faible en comparaison aux États-Unis, ou les brasseurs artisanaux atteignent des parts de marché de plus de 12%. Sachant que les québécois suivent souvent la tendance de nos voisins du sud, il ne me fait aucun doute que cet écart va se combler dans les années qui suivent. 2% de parts de marché, dans le monde de la bière, c’est énormément d’argent.

Faisons un calcul rapide : en 2015, il se vendait pour 8,7 milliards de dollars en bière à travers le pays. Prenons pour acquis que les québécois achètent moins de bières que leurs compatriotes canadiens (ce qui n’est pas le cas, les québécois en achètent plus), et divisons le 8,7 milliards en 4, pour trouver la part de la population québécoise, ce qui nous donne 2.2 milliards CAD. En le divisant par 100, pour arriver à 22 millions de dollars, on atteint un point de pourcentage, ce qui veut dire que le potentiel évident, lorsque l’on multiplie ce chiffre par deux, c’est que les microbrasseries peuvent aller chercher 44 millions de dollars de plus en parts de marché, en utilisant des chiffres conservateurs.  Et c’est sans compter ce qu’ils ont déjà. Un banquier voit ce potentiel de croissance du marché, et n’a pas beaucoup de misère à accorder un prêt pour qu’une nouvelle brasserie achète de l’équipement de brassage. C’est pour ça qu’on assiste présentement à une explosion du nombre de nouvelles brasseries.

En vérité, la seule saturation qu’il y a, c’est la saturation de l’espace en tablettes des détaillants spécialisés. Le nombre de ces magasins spécialisés augmente à un rythme tel que ces derniers ont créés un regroupement pour essayer de se démarquer de la masse. Les épiceries ont également compris l’occasion qui se présente alors que de plus en plus d’entres elles donnent une grande place aux microbrasseries dans le rayon des bières.

Mais le marché ne se résume pas qu’au consommateur régulier, qui va acheter sa bière en magasin. Les brasseries essaient aujourd’hui de diversifier leur clientèle pour avoir un aspect différenciateur. On en voit de plus en plus d’exemples alors qu’à Québec, une nouvelle brasserie, Brasseurs sur Demande, base son modèle d’affaire sur la création de bières uniques pour les entreprises ou événements désirant avoir des bières à leur effigie. De plus en plus de festivals, comme celui des Traditions du Monde à Sherbrooke, se font brasser une bière officielle par des brasseurs québécois.

Bref, non, il n’y a pas (encore) de saturation du marché au Québec. On est loin de trouver des bières de micro dans tous les bars et restaurants de la province, comme c’est le cas au Vermont. Et c’est correct ainsi. Parce que tant que ce n’est pas le cas, cela veut dire qu’il y a encore place à la croissance.

Crédit photo : Chagall Design

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